Renaître après l’oubli : la place effacée de la Malvoisie
Discrète sur les étiquettes, ambiguë dans l’imaginaire du vin, la Malvoisie du Roussillon fut longtemps une énigme. Ce nom évoque bien sûr des parfums méditerranéens, mais couvre une réalité plus complexe : derrière l’appellation « Malvoisie », dans les Pyrénées-Orientales, il s’agit d’abord du Tourbat, cépage blanc à la personnalité marquée, doux-amer et salin, totalement distinct de la Malvasia italienne ou de la Malvoisie gréco-espagnole.
Après les grandes crises du phylloxéra puis de l’industrialisation viticole du XXe siècle, le Tourbat tomba dans l’oubli. Considéré comme peu rentable face au Macabeu ou au Grenache blanc, il survécut à l’état de trace : en 1972, il ne couvrait plus qu’environ 36 hectares (source : INAO), souvent dans des vignes de très vieux âges. Longtemps, ses qualités propres s’effacèrent derrière une réputation de rusticité, doublée d’une difficulté à être identifié correctement, tant les confusions ampélographiques étaient fréquentes.
Ce n’est que depuis une vingtaine d’années que les vignerons du Roussillon lui redonnent de la lumière. Non pas pour la nostalgie d’un cépage « d’antan », mais par conviction profonde : face au défi de la monotonie gustative, au besoin de fraîcheur, d’originalité et d’identité territoriale, la Malvoisie s’impose, à nouveau, comme une signature singulière dans les cuvées d'auteur.