Un patrimoine en veilleuse, une réserve pour l’avenir
Le Roussillon, terre de contrastes où la vigne s’accroche aux schistes, galets roulés ou argiles vives, n’a pas toujours célébré sa diversité ampélographique. Depuis un demi-siècle, aux vents du marché et de l’œnologie moderne, une poignée de cépages nationaux et internationaux ont remplacé une assemblée antique, fruit des pratiques d’autrefois. Ce sont ces cépages dits « oubliés » qui réapparaissent aujourd’hui en filigrane des cuvées les plus audacieuses.
Pourquoi ce retour ? Il faut d’abord percevoir le Roussillon non comme une région marginale, mais comme un conservatoire naturel de biodiversité viticole : la diversité des sols, l’isolement de certains coteaux et l’attachement paysan aux traditions y ont préservé des variétés rares. Selon l’ampélographe Pierre Galet, pas moins de 46 cépages différents ont été recensés dans les vieux parcellaires de la vallée de l’Agly et des Aspres, alors que moins de dix dominent aujourd’hui la plupart des dénominations (source : Pierre Galet, Cépages et vignobles de France).
Mais cette mémoire variétale est fragile. La survie et la valorisation des cépages oubliés en Roussillon tiennent ainsi à un équilibre entre transmission, curiosité et adaptation aux défis contemporains.