Pourquoi ce retour aujourd’hui ? Les motivations croisées de la réintroduction
1. Une réponse à la crise écologique et climatique
Les cépages anciens sont souvent mieux adaptés au contexte climatique local, précisément parce que leur sélection s’est opérée in situ durant des siècles. À titre d’exemple :
- Résistance à la sécheresse : Le Terret noir, la Counoise ou le Picardan ont un enracinement profond et une physiologie qui leur confère une remarquable capacité d’adaptation en climats arides.
- Moindre sensibilité aux maladies : Certains présentent une rusticité supérieure face à l’oïdium ou le mildiou (source : VIGNOBLES & DÉCOUVERTES, 2021).
En 2021, l’IFV a recensé 15 expérimentations officielles de réintroduction de cépages oubliés dans le Sud de la France, dont 7 spécifiquement sur des critères de résilience au changement climatique.
2. Diversité aromatique et renouvellement du goût
Chaque cépage ancien porte un patrimoine aromatique et textural singulier, voire inédit pour le palais contemporain. La réintroduction permet :
- De sortir des profils standardisés (le sempiternel duo Grenache-Syrah)
- D’offrir des vins à la trame tannique subtile, à la fraîcheur inattendue, à l’identité territoriale réaffirmée (aromatique fruits croquants du Ribeyrenc, finesse du Macabeu rose…)
L’intérêt croissant de la sommellerie internationale pour ces “goûts introuvables” explique aussi cette cure de jouvence. À Vinexpo Bordeaux 2023, 23% des professionnels interrogés disaient privilégier les cuvées mettant en valeur des cépages “hors-normes” (source : Enquête Vinexpo).
3. Un geste patrimonial et identitaire
Redonner forme à des cépages oubliés, c’est aussi raconter l’histoire longue d’un pays de vignes. C’est parfois, pour certains domaines du Roussillon, renouer avec des récits familiaux brisés par l’exode rural, comme le souligne la vigneronne Marie Pujol, à Espira-de-l’Agly : “Planter du Carignan gris, c’était comme retrouver un fantôme délicieux, celui des vendanges de mon grand-père.” (source : Terre de Vins, 2023)