Histoire : les cépages anciens, témoins d’une diversité oubliée
Le Roussillon, à la croisée de cultures, a longtemps été une terre de passage pour les cépages, riches d’influences espagnoles, occitane et méditerranéenne. Jusqu’au phylloxéra de la fin du XIXe siècle, plus de 40 cépages cohabitent alors sur ses coteaux (source : INAO, recensement des cépages 1877). Parmi eux, le macabeu, la malvoisie, le grenache gris, le carignan blanc ou le tourbat trouvent leur place en blanc, souvent en assemblage. Certains noms résonnent comme des trésors linguistiques : l’amas gris, la garrofer, le terret, le bouboulenc… Aujourd'hui, on recense encore une vingtaine de cépages anciens dans les vieilles vignes du Roussillon, dont beaucoup sont menacés d’extinction.
Pourquoi les avait-on négligés ? Le XXe siècle, dans la foulée des crises économiques, rationalise et homogénéise. Priorité à la productivité, à la facilité de culture et au goût “moderne” : plusieurs dizaines de milliers d’hectares sont replantés en grenache, macabeu et muscat — des valeurs refuges localement. Ce mouvement ne se limite pas au Roussillon : il marque tout le sud de la France, mais ici, le traumatisme est profond. Les cépages rares disparaissent des registres officiels. Ce n’est qu’à partir des années 2000, avec un réveil identitaire porté par la jeune génération de vignerons (et souvent quelques chercheurs comme Jean-Michel Boursiquot, ampélographe), que l’on commence à arpenter les vieilles parcelles, à identifier et remettre en lumière ce patrimoine végétal inestimable.
- 40+ cépages de blanc référencés historiquement au XIXe siècle (source : INAO, 1877)
- 3 principaux cépages dominants aujourd’hui dans les AOP (grenache blanc, macabeu, muscat)
- 20 cépages anciens encore présents mais rarement vinifiés seuls